Côté Archi

CÔTÉ ARCHI

Quand métier d’architecte se tourne vers les sciences humaines et la compréhension des sociétés du XXIe siècle.

Entretien

Création architecturale

Comment est venue l’idée du Rubixhome ?
Thierry Rampillon :
On associe souvent le « geste architectural » à l’expression spontanée d’un cerveau fertile. Or, il est aussi le produit d’une lente alchimie, tout comme le goût unique d’une sauce ou d’un plat résulte de la combinaison patiemment élaborée de multiples ingrédients…

Si on considère un appartement en tant qu’objet, on peut imaginer un volume divisé en plusieurs sous-volumes plus ou moins grands et plus où moins nombreux, quelques ouvertures et des réseaux techniques. Tout y est. Sauf la vie.

Si on envisage un appartement sous l’angle de l’usage qu’en feront ses occupants, on voit un lieu où on : reçoit – communique – mange – cuisine – se détend – se divertit – dort – organise – s’isole – est ensemble – échange – boude – se lave – se bichonne – fait l’amour – s’engueule – travaille – jardine – joue – fait le ménage – lit – rit – pleure – fait de la musique – téléphone – va aux toilettes – stocke – archive – fait la fête – se soigne – rêvasse – se cache – se montre…

Quand on s’appuie sur ce genre de critères pour concevoir la forme d’un logement (des cônes de vue à l’organisation des rangements en passant par les flux de circulation, les coefficients de réflexion de la lumière ou la gestion de l’acoustique) le champ des possibilités s’ouvre à l’infini ! Il s’agit bien de produire du vivant, de donner de la valeur à « la vie dans le logement » autant qu’au logement lui-même.

Et si on prolonge cette attention portée à l’usage au-delà de la cellule individuelle, la démarche est la même, et les cercles d’investigation continuent à s’élargir.

En fait, au départ, il y avait surtout l’envie « d’offrir des bâtiments où chacun pourrait disposer d’un grand espace extérieur ». On a abordé la sociologie, pour essayer de cerner les habitudes, les besoins et les envies des familles d’aujourd’hui, leur relation à l’intime et à la nature… Puis l’ingénierie territoriale pour tenter d’établir des ponts entre le calme de la campagne et la proximité des services de services des villes, en prenant en compte la problématique des distances, de la relation domicile/travail… Puis l’ingénierie tout court, l’économie, et l’écologie, pour chercher les solutions les plus rationnelles, les plus astucieuses, les plus vertueuses en regard des nouvelles problématiques environnementales… Jusqu’à la botanique, avec les stratégies développées par les végétaux pour croître en captant la lumière…

Voilà, c’est finalement de ce grand bain protéiforme qu’ont émergé les premiers croquis, ceux qui font dire : Eurêka !…

C’est une grande excitation, le bonheur de détricoter toute sortes de problématiques complexes, à la recherche des angles qui les rendent intelligibles, puis les associations d’idées qui en font naître de nouvelles, les progrès pas à pas vers une sorte de lumière, la sensation qu’on approche, l’obstination, comme un saumon qui prend les cascades à rebours et finit par remonter la rivière jusqu’à sa source…

Des projets dans le même esprit?
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 : Oui nous développons un concept d’immeubles de bureaux qui bouscule quelque peu les canons orthonormés de l’immobilier du tertiaire, tant au niveau de leur construction qu’à celui de l’usage qu’en feront leurs occupants… Nous avons déposé quelques brevets, et les premiers bâtiments sont en passe d’être réalisés…

Affaire à suivre !

Rapport

L’assemblée nationale planche sur l’archi…

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L’architecture est un acte politique. Près de quarante ans après la loi fondatrice de 1977, l’Assemblée nationale, après avoir auditionné de nombreux acteurs de l’architecture (des représentants des services des ministères, des maisons de l’architecture, de la Cité de l’architecture, des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), du conseil de l’ordre et des syndicats d’architectes, mais également les professionnels directement impliqués dans la création architecturale et la construction du cadre bâti – architectes, ingénieurs, bâtisseurs, etc.) publie un « plaidoyer, en trente-six propositions, pour une création architecturale du quotidien au service d’un aménagement durable du territoire »

Le rôle de l’architecte (Extraits du Rapport)

La mission a pu analyser l’architecture française, ses réalisations, son évolution, les multiples freins auxquels elle est confrontée, mais aussi les attentes de toute une profession et celles des citoyens. En faisant émerger les bonnes pratiques, passées comme actuelles, la mission s’est donnée pour tâche d’ouvrir la voie à une évolution essentielle : remettre l’architecte au centre du projet architectural et urbain pour assurer la qualité du cadre de vie de chacun.

Entre la sobriété et l’exubérance, le rustique et le citadin, entre la ferveur et la sérénité, le régionaliste − la « brigade folklorique » aurait dit Le Corbusier − et l’universel, ce qui compte est de permettre l’émergence de bâtiments « qui parlent ». Une création architecturale libérée permettait de dessiner des paysages urbains nouveaux, affirmant puissamment l’identité d’une ville que les habitants pouvaient s’approprier et dont ils pouvaient être fiers.

L’architecte doit être replacé au centre de la construction du quotidien. Au-delà de l’architecture extraordinaire des bâtiments iconiques, il doit être en mesure de proposer de « l’ordinaire extra ». Figure de l’universalité, il doit avoir les compétences pour agréger toutes les autres autour du projet. Il doit se faire urbaniste et aménageur, créateur et ingénieur, porte-parole des citoyens, conseiller du responsable politique et pilote de chantier. C’est à cette condition que la création architecturale pourra retrouver un rôle déterminant, à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui : un aménagement durable du territoire, un urbanisme ambitieux, une ville intelligente.

La leçon de Frank Lloyd Wright, livrée au début de son Testament, mérite ici d’être rappelée :

« Il faut voir, travaillant ensemble, pendant toute une vie, le poète dans l’ingénieur, l’ingénieur dans le poète et les deux réunis dans l’architecte »

La question des normes (Extraits du Rapport)

De façon générale, un consensus a émergé pendant les travaux de la mission en ce qui concerne les normes applicables à l’acte de bâtir. Les normes, aujourd’hui trop précises et sclérosantes, appauvrissent le travail intellectuel de l’architecte et bride la création architecturale. Un « choc de simplification » est aujourd’hui nécessaire : il convient de passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultat, en remplaçant, toutes les fois que cela est possible, les solutions techniques par des objectifs à atteindre, comme cela se pratique dans d’autres pays. Ainsi, pour laisser toute leur place aux architectes et à leur inventivité, il faut leur laisser le soin de choisir les moyens techniques les plus appropriés pour parvenir aux objectifs fixés.

Énergie : objectif passif (Extraits du Rapport)

Aujourd’hui, de nouveaux besoins sociaux sont apparus qui ont conduit à l’élaboration de nouvelles normes. En matière de développement durable, la recherche d’économies d’énergie et la volonté de réduire l’impact environnemental des constructions a par exemple conduit à la production de la « Réglementation Thermique 2012 ».

Ainsi, les constructions neuves doivent avoir une « consommation d’énergie primaire inférieure à un seuil de 50 kilowattheures par mètre carré et par an en moyenne ». Il est également prévu, à partir de 2020, que les constructions neuves présentent « une consommation d’énergie primaire inférieure à la quantité d’énergie renouvelable produite dans ces constructions ».

Evolution des exigences réglementaires de consommation énergétique des bâtiments neufs

 

La ville heureuse (Extraits du Rapport)

C’est à l’échelle de la ville que l’architecte doit intervenir pour la densifier, la revitaliser, la transformer. C’est également le travail de l’architecte sur la ville qui peut favoriser la mixité fonctionnelle du cadre bâti, « source d’animation urbaine et d’activité économique dans un site qui va aussi de pair avec une augmentation du sentiment de sécurité pour les usagers ». La présence, au sein d’un même quartier, voire d’un même immeuble, de constructions ou de locaux aux usages distincts – logements privés, logements sociaux, commerces, bureaux, espaces publics, etc. – est effectivement synonyme de qualité du cadre urbain. Notamment, l’introduction de commerces et de logements dans les quartiers d’affaires évite leur désertification les soirs et jours non ouvrés, en même temps qu’elle leur assure une plus grande mixité sociale. Mais la mixité fonctionnelle, trop rarement proposée par les promoteurs, constitue également un gage d’adaptabilité et donc d’architecture durable. L’architecte a en effet un rôle fondamental à jouer dans la fabrication d’un urbanisme durable, la transition énergétique ne se réduisant pas à l’isolation des bâtiments.

Enfin, c’est à une échelle plus large que l’architecte doit intervenir, aux côtés du maître d’ouvrage, pour rééquilibrer les villes et les campagnes et œuvrer à l’égalité des territoires. M. Yves Dauge (2) s’est interrogé, devant la mission, sur le décrochage de la très grande majorité des communes par rapport à la vingtaine de villes et d’agglomérations qui, prolongeant la commande publique de l’État, s’inscrivent dans une politique d’aménagement du territoire centrée sur le travail commun de l’urbaniste, du paysagiste et de l’architecte.

Les 36 propositions (Extraits du Rapport)

Proposition n° 1 : abaisser le seuil de recours à l’architecte à 150 mètres carrés de surface de plancher.
Proposition n° 2 : inciter la profession à mettre en avant le coût global du projet, afin que les particuliers puissent faire leur choix sur la base d’une information réelle.
Proposition n° 3 : mettre en œuvre des mesures pour inciter les particuliers à recourir à un architecte : permis simplifié et prêts bonifiés.
Proposition n° 4 : créer une délégation interministérielle à l’architecture placée auprès du Premier ministre.
Proposition n° 5 : engager rapidement des actions durables sur l’ensemble du territoire pour sensibiliser les écoliers à l’architecture.
Proposition n° 6 : conforter les actions conduites par les maisons de l’architecture, notamment l’implantation de résidences d’architectes, par le biais de subventions publiques.
Proposition n° 7 : organiser une meilleure communication, recourant à des médias innovants et participatifs, autour des réalisations, des concours d’architecture et des prix qui portent sur l’architecture du quotidien.
Proposition n° 8 : rééquilibrer la répartition des écoles nationales supérieures d’architecture – facteurs importants de la diffusion architecturale – sur tout le territoire.
Proposition n° 9 : assurer, par des cours de langue obligatoires au sein des écoles d’architecture, la maîtrise d’au moins une langue étrangère au niveau professionnel.
Proposition n° 10 : renforcer l’habilitation à la maîtrise d’œuvre en son nom propre (HMONP) en allongeant la durée de la mise en situation professionnelle au sein d’une agence d’architecture.
Proposition n° 11 : entreprendre dès la prochaine rentrée universitaire la mise en œuvre des actions prioritaires formulées dans le rapport de M. Vincent Feltesse.
Proposition n° 12 : inciter le réseau culturel français à l’étranger à faire connaître la production architecturale française dans sa diversité et le réseau économique à en soutenir l’exportation.
Proposition n° 13 : sélectionner les candidats à partir de dossiers simplifiés.
Proposition n° 14 : faciliter l’accès au concours de candidats sans références soit parce qu’ils débutent, soit parce qu’ils n’en ont pas encore dans le domaine considéré.
Proposition n° 15 : lever partiellement l’anonymat pour permettre le dialogue entre le jury et les candidats.
Proposition n° 16 : supprimer le troisième critère d’évaluation alternatif déterminant le recours à un partenariat public-privé, fondé sur un bilan entre les avantages et les inconvénients plus favorable que ceux d’autres contrats de la commande publique, et ajouté par l’article 2 de la loi n° 2008-735 du 28 juillet 2008 relative aux contrats de partenariat aux critères initialement fixés par l’ordonnance n° 2004-559 du 17 juin 2004 sur les contrats de partenariat.
Proposition n° 17 : dans le cas d’un partenariat public-privé, réintroduire l’architecte dans la phase de conception en imposant le retour du concours pour le choix du maître d’œuvre, le partenariat public-privé n’intervenant que dans la phase de construction, après l’attribution du permis de construire.
Proposition n° 18 : dans le cas d’un partenariat public-privé, prévoir le choix de deux architectes lors du concours de maîtrise d’œuvre : l’un chargé de conseiller la maîtrise d’ouvrage publique, une fois conclu le contrat de partenariat, l’autre poursuivant sa mission auprès du groupement privé.
Proposition n° 19 : limiter le nombre de dispositifs dérogatoires apportés à la loi MOP afin de revenir à une loi MOP revitalisée capable de susciter et de stimuler la création architecturale.
Proposition n° 20 : renforcer la présence des architectes-conseils au niveau régional, en augmentant leurs vacations et/ou leur nombre.
Proposition n° 21 : intégrer un enseignement d’architecture et d’urbanisme dans la formation des responsables administratifs locaux.
Proposition n° 22 : recueillir obligatoirement le conseil du CAUE lors de l’élaboration des documents d’urbanisme et généraliser les structures de conseil pluridisciplinaires.
Proposition n° 23 : développer des actions de formation spécifiques à destination des agents publics en charge de l’instruction des permis de construire et favoriser la formation des élus en charge de l’urbanisme en délivrant un agrément à un plus grand nombre de CAUE.
Proposition n° 24 : intégrer le « 1 % artistique » dès la définition du projet.
Proposition n° 25 : retrouver la mission complète de l’architecte, de la conception à la conduite du chantier et à la conformité de la réalisation.
Proposition n° 26 : rémunérer systématiquement le travail préparatoire de l’architecte à la demande de permis de construire.
Proposition n° 27 : prendre appui sur les expériences des commissions préalables aux permis de construire associant pouvoirs publics, maître d’ouvrage, maître d’œuvre et maîtrise d’usage pour l’application du III bis de l’article L. 300-2 du code de l’urbanisme.
Proposition n° 28 : pour le respect des normes, passer d’une logique prescriptive à une obligation de résultat, en fixant des objectifs à atteindre plutôt que des moyens.
Proposition n° 29 : créer sur l’ensemble du territoire des zones franches architecturales bénéficiant de règles d’urbanisme simplifiées et promouvant la création architecturale.
Proposition n° 30 : systématiser les dispositifs dérogatoires aux règles d’urbanisme relatives au gabarit, à la densité et à l’aspect extérieur du bâtiment lorsque celui-ci fait preuve d’une qualité architecturale avérée.
Proposition n° 31 : prévoir que tous les logements d’un immeuble neuf soient rapidement adaptables, grâce à des travaux simples et peu coûteux, aux situations de handicap que peuvent rencontrer les personnes qui l’habitent.
Proposition n° 32 : donner aux enseignants des écoles d’architecture un statut semblable à celui des enseignants-chercheurs et promouvoir le regroupement des laboratoires de recherche et le développement d’équipements mutualisés de recherche sur le territoire.
Proposition n° 33 : relancer les réalisations expérimentales (REX).
Proposition n° 34 : développer l’offre de formation initiale et continue des écoles d’architecture en matière de réhabilitation et de transformation du bâti existant.
Proposition n° 35 : intégrer les conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement aux plateformes de la rénovation énergétique pour faciliter l’orientation des particuliers vers un architecte.
Proposition n° 36 : élaborer une stratégie nationale de la commande publique.

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