Côté Techno

CÔTÉ TECHNO

Quand, dans un contexte difficile, les nouvelles technologies optimisent les processus de conception et de construction des bâtiments de demain.

Situation

Logements neufs : un contexte difficile

CC Mark Kirchner
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Moins de 300 000 logements neufs ont été construits en 2014 en France, soit près de 10% de moins qu’en 2013, alors que la demande, elle, ne cesse de croitre (des centaines de milliers de demandes insatisfaites, selon la Fédération des Promoteurs Immobiliers)…
Les causes évoquées : pour les familles, la hausse du chômage entrainant la crainte de s’engager, mais aussi le poids des normes qui rend les projets plus coûteux et, pour les investisseurs, la hausse de la fiscalité sur les plus-values…
Les pistes de solutions : côté gouvernement, des mesures de relance axées notamment sur l’amélioration du Prêt à taux zéro (PTZ), l’aménagement du dispositif fiscal « Pinel » pour l’investissement locatif et la simplification des normes de construction – avec un raccourcissement des délais d’obtention des permis de construire.

Dans un tel contexte, un programme Rubixhome peut apparaître comme une réponse pertinente à plusieurs niveaux :

Niveau économique, puisqu’il est susceptible de faire accepter le principe de logement collectif aux familles initialement attirées par la maison individuelle ;

Niveau technique, puisque la conception de la structure des bâtiments autorise une part d’industrialisation propre à générer de conséquentes économies d’échelle

Niveau écologique, puisque ce concept intégrant un « espace nature » pour chacun favorise une « densification acceptable » des centres urbains, limitant du même coup déplacements pendulaires et consommation excessive du foncier agricole.

Technologie

Du désir de construire à la livraison d’un bâtiment, des dizaines de métiers, de savoir-faire et de processus techniques doivent se croiser et interagir, chacun donnant le maximum de ses capacités tout en prenant en compte les spécialités de ses partenaires. Du maitre d’ouvrage à l’architecte, de l’ingénieur à l’artisan, tous doivent parler le même langage et poursuivre le même cap.

Inspiré de méthodes utilisées entre autres dans l’aéronautique, le principe de  modélisation numérique fait son entrée dans le monde du bâtiment avec le BIM (Building Information Modeling) qui permettra de rationnaliser les relations inter professionnelles, mais aussi d’ouvrir de nouvelles voies à la conception architecturale. Le concept Rubixhome a, entre autres, été développé avec le BIM.

Qu’est-ce que le BIM ?

Le BIM (Building Information Modeling) appelé aussi « Maquette numérique » est un processus qui permet de générer et de gérer l’ensemble des données techniques d’un bâtiment tout au long de son cycle de vie, depuis la phase conceptuelle jusqu’à la gestion et la maintenance des installations, en passant par la construction.

La maquette numérique du projet se construit au fur et à mesure du projet, ce qui permet de constater visuellement l’avancement ou les modifications de ce dernier. Toute modification apportée est automatiquement répercutée sur l’ensemble du projet, les nomenclatures, les coupes, les plans et les rendus.

Ce procédé s ‘appuie sur une norme internationale, les IFC (Industry Foundation Classes), permettant à toutes les applications de construction (logiciels de CAO architecte et ingénieur, logiciels de calculs de structure, de simulation thermique et acoustique, etc.) de communiquer entre elles et d’exploiter une seule et même base de données de l’ouvrage en cours d’étude, de construction puis d’exploitation.

Appuyé par un modèle 3D dynamique et intelligent, tous les intervenants impliqués dans l’architecture, l’ingénierie, la construction et la gestion du bâtiment peuvent communiquer plus efficacement entre eux, partager les informations et procéder à des modifications tout en mesurant les impacts durant l’ensemble des étapes de création du bâtiment.Maquette-BIM-Vigny-Musset

Entretien

Le principe du Rubixhome a été élaboré et développé avec le BIM. Pourtant, les avis sont partagés sur la généralisation d’un tel outil. On parle d’un risque de banalisation, de prééminence de solutions toutes prêtes au détriment des points de vues singuliers…

TR : Justement, Rubixhome est là pour faire la démonstration du contraire ! Les dérives d’une « objectivation simplificatrice et normalisante » sont bien sûr à redouter mais ne tardent jamais à montrer leurs limites… Même lorsqu’il travaille à un ouvrage dit « de masse », un architecte aura toujours besoin d’apporter, bien au-delà de la simple résolution d’une problématique technique, une vision, une interprétation singulière capable d’organiser le lien entre le projet et le contexte (toujours spécifique !) dans lequel il s’inscrit. Il s’agit d’être « pertinent » avant d’être « efficace » !

En quoi le BIM peut-il vous aider à trouver cette pertinence ?

JPC : Le BIM a décloisonné les tâches de l’architecte, ouvert la possibilité d’intervenir de concert sur la simulation réaliste d’un édifice ou d’un fragment d’édifice, en abordant de front l’ensemble des registres : répartition du programme, agencement des volumes, calcul de la structure, estimation des coûts… Il est mobilisé pour ses capacités de synthèse et non à travers une spécialisation qu’il n’a pas forcément choisie.
Les fichiers ainsi produits avec le BIM peuvent, par la suite, faire l’objet d’échanges avec toutes les parties prenantes de la construction d’un ouvrage : maitre d’ouvrage, bureau d’étude, entreprise, gestionnaire de patrimoine… Les échanges entre les différents corps de métiers sont accélérés. La production de la documentation du projet demande moins de temps et d’efforts, les tâches redondantes étant éliminées, les erreurs ou omissions à l’origine de fréquents contentieux disparaissent. Chaque métier, chaque chapelle conserve sa spécificité, ses savoir-faire et même sa créativité, il se voit simplement ajouter des passerelles vers d’autres savoir-faire qui deviennent autant d’éclairages sur sa propre activité. Une mise en perspective et des ramifications qui valorisent son action au sein de l’ensemble de l’édifice collectif.

En quoi cette mise en symbiose favorise-t-elle la qualité de la conception ?

TR : Concevoir un bâtiment, ce n’est pas seulement imaginer des formes, c’est d’abord penser à l’usage qu’en feront ses occupants ! Imaginer de la qualité de vie — l’alpha et l’oméga du métier d’architecte —, c’est prendre en compte des critères comme l’histoire et la géographie d’un lieu, l’orientation, la vue, l’acoustique, la lumière, l’intimité, le voisinage, l’énergie, le rapport à la nature, et bien sûr l’économie… Des combinaisons de données dont on peu toujours trouver un écho dans les paradigmes du BIM. Le champ des possibles est immense, il ouvre l’accès à une « pensée complexe » qu’on ne s’autorisait pas où peu à développer avant, de peur de gaspiller du temps et de l’énergie dans les arcanes de ce qui risquait de s’avérer une fausse piste. Le BIM nous désinhibe, il ouvre la porte à toutes les audaces en les sécurisant.

L’agence CR&ON compte quelques « architectes ingénieurs » en son sein. Une voie toute tracée vers l’adoption du BIM ?

JPC : Nous avons effectivement assez vite été séduits par l’arrivée du BIM dans les processus de construction, mais sans avoir l’impression d’abandonner une partie de nos prérogatives, au contraire… J’aimerais simplement citer Frank Lloyd Wright, qui affirme au début de son Testament : « il faut voir, travaillant ensemble, pendant toute une vie, le poète dans l’ingénieur, l’ingénieur dans le poète et les deux réunis dans l’architecte »